La connaissance, la recherche et la suggestion

Nous sommes à un moment charnière. Après plus de vingt années où les moteurs de recherche étaient le passage obligé pour accéder à l’information, les usages changent.

cerveau connecté à une base de connaissance

Il y a bien longtemps, pour accéder aux contenus sur Internet, il fallait connaître les adresses des contenus.

Rapidement sont apparus les premiers outils permettant de rechercher dans les contenus accessibles sur Internet. Archie permettait d’accéder aux contenus disponibles sur les FTP. Sur l’IRC, des robots permettaient d’interroger des listes de contenus. Sur Telnet, Gopher permet lui aussi d’accéder aux contenus d’Internet.

Mais le web écrase tout sur son passage et les pages web deviennent le moyen grand public le plus utilisé pour accéder à l’information sur Internet. Pour organiser l’information sur la toile du web, des annuaires apparaissent. Il en existe des généralistes (Yahoo, Dmoz) et des généralistes. Basés sur une sélection humaine, ces outils n’arrivent pas à suivre la croissance du nombre de pages web et sont remplacés par les moteurs de recherche.

L’âge des moteurs de recherche arrive alors. Comme la technologie est naissante, il y a pas mal de flou. Qui se souvient des logiciels de recherche qui s’installent sur les ordinateurs et sont payants ? Ou encore des méta-moteurs qui proposent une surcouche aux moteurs ?

Google s’impose finalement en proposant une interface épurée et en misant sur les liens entrants. L’idée, c’est que la page web la plus citée est certainement la plus intéressante et qu’il faut la pousser en tête des résultats.

Depuis cette époque, et avec les technologies d’alors, afficher une sélection de pages web sur lesquelles l’utilisateur peut cliquer pour accéder au contenu est le moins mauvais compromis : c’est très rapide, suffisamment qualitatif, plutôt à jour et pas trop compliqué pour les utilisateurs.

En attendant mieux.

Parce que faire une recherche par mot clé, ce n’est quand même pas si évident, surtout quand on sait ce qu’on veut, mais qu’on ne connaît pas le terme exact. Enfin, même si le moteur de recherche reste une porte d’entrée grand public, il y a toujours une part importante des utilisateurs qui n’arrive pas bien à l’utiliser.

De temps en temps, des percées intéressantes laissent entrevoir qu’il est possible d’aller plus loin. Coupler une zone ou l’utilisateur tape sa demande avec des données structurées et un mécanisme de type « système expert » génère des services vraiment utiles : WolframAlpha par exemple. Dommage que ce type d’outils aient un périmètre si limité.

Il y a une dizaine d’années, Siri d’Apple, Amazon Alexa et Google Home laissent entrevoir qu’un autre monde est possible au-delà de la recherche classique. Bienvenue aux assistants réagissant à la voix. La promesse était belle et les SEO ont senti que leur univers confortable pouvait s’écrouler (voir mon article de l’époque). L’engouement est vite retombé et ces outils se cantonnent désormais à des tâches simples (jouer de la musique, donner la météo).

Néanmoins, la recherche en langage naturel était une belle avancée. Depuis son téléphone, parler à son mobile et le voir écrire et rechercher tout seul est bien pratique.

Pour aller plus loin, les moteurs de recherche essaient de mieux comprendre ce que veulent les utilisateurs en observant le comportement lors des recherches. Ils proposent des suggestions, de l’autocomplétion, des réponses directes, des encarts sur mesure. Les résultats sont réorganisés en fonction des interactions.

Arrivent depuis quelques années les outils comme ChatGPT. L’interface type chat en langage naturel ou via la voix est une vraie avancée même si son apparente simplicité n’est pas dénuée de problèmes. La construction d’une réponse basée sur des algos de statistiques est suffisamment rapide et qualitative pour séduire les utilisateurs.

L’adoption de masse n’est pas encore pour tout de suite. Mais qui prend le pari pour dans 2 ou 3 ans ? Je ne dis rien mais si on regarde les apps les plus téléchargées sur les stores en mars 2025, sur l’iOS App Store, c’est ChatGPT et sur Google Play, le numéro 3 c’est encore ChatGPT tandis que Google est en position 7 sur l’iOS App Store et en baisse et qu’il n’est plus dans le top 10 sur Google Play.

Difficile d’enlever 20 ans d’habitudes : ce qui semble naturel et acquis avec les moteurs de recherche ne fonctionne pas toujours avec les moteurs de réponses et de nouveaux problèmes apparaissent (l’info peut être vraiment obsolète, ils hallucinent, ils ne sont pas consistants dans leurs réponses, ils aiment bien plaire aux utilisateurs, ils sont faciles à influencer, l’utilisateur se fait facilement berner…).

Je crois que la grande bascule aura lieu lorsque les IA seront nativement intégrées dans les smartphones, dans les appareils électroniques et dans les logiciels du quotidien. Avec un accès direct à nos contenus et nos habitudes, elles nécessiteront encore moins d’effort qu’aujourd’hui pour être utilisées. Elles n’auront d’ailleurs peut-être plus le nom d’IA. Ce sera simplement des fonctionnalités bien pensées qui « comprendront » ce que veut l’utilisateur.

Aujourd’hui, quand une pub TV montre Gemini qui retouche une photo, ce que voit l’utilisateur, c’est que c’est simple de retoucher une photo. Il se moque de savoir que c’est une IA derrière qui fait le boulot. Pareil, lorsque dans un tableur, un assistant propose une autocomplétion, une suggestion ou une plage de cellule pour finaliser une formule. Pareil encore, lorsque les emails sont automatiquement triés du plus important au moins important.

D’IA générative, on est en train de basculer vers un monde avec une multitude d’agents IA très spécifiques qui travaillent en arrière-plan et que l’utilisateur va diriger dans la bonne direction. Ensuite, ces agents prendront de plus en plus de place et auront moins besoin d’intervention humaine.

Et après ? Des outils SAAS payés aux résultats plutôt qu’à l’abonnement ? L’homme amélioré avec des technos d’interface cerveau-machine à la Neuralink ? Des robots domestiques boostés à l’IA pour épauler dans les tâches du quotidien et des agents IA verticalisés pour s’occuper de toutes les tâches reproductibles en entreprise ? Ça semble encore de la science-fiction…

Revenons au présent. Ça faisait 20 ans que la moins mauvaise façon de chercher de l’information sur Internet était d’utiliser un moteur de recherche. Ce temps est révolu.

Les moteurs de recherche vont continuer à exister, mais les utilisateurs vont moins les utiliser. L’IA va grignoter les usages actuels des moteurs de recherche. Les moteurs de réponses (ou leurs remplaçants conversationnels / agents / assistants) vont remplacer le réflexe Google pour de plus en plus de cas d’usages.

Nous ne sommes qu’au début de la révolution. Si l’information du quotidien est déjà à l’intérieur des outils IA / agents / assistants, quel est l’intérêt d’aller et même d’avoir des sites web ? Quel est l’intérêt de créer du contenu si l’essence des réponses est déjà ingurgité par les modèles et que ces derniers peuvent les proposer et les contextualiser aux demandes des utilisateurs (sans les renvoyer sur une page web, sans même l’écrire) ?

Il y aura toujours besoin pour les entreprises d’avoir un nom de domaine et des contenus derrière : c’est leur QG, c’est ici que l’information (le fond et la forme) est maîtrisée. Mais peut-être aussi que ces contenus seront aussi accessibles aux robots d’une autre façon (données structurées, protocoles dédiés pour accéder aux contenus, via licences d’accès aux contenus…) et que les pages web pour les internautes n’auront plus autant d’importance ?

Ce qui ne change pas, c’est qu’il y aura toujours besoin d’influencer les robots pour qu’ils préfèrent nos informations à celles des autres. Ce ne sera plus du SEO, ce sera peut-être du GEO ou peut-être encore autre chose ou peut-être tout ça à la fois…

Tout ça donne le tournis ? C’est normal. Je ne crois pas que dans l’histoire de l’humanité, d’autres générations aient vécu autant de ruptures technologiques aussi fortes en si peu de temps. Nous avons vécu la révolution de l’informatique, du web, du smartphone et maintenant de l’IA. De quoi sera fait demain ?

Une réflexion sur « La connaissance, la recherche et la suggestion »

  1. « Quel est l’intérêt d’avoir des sites web ? »

    L’intérêt, c’est qu’entre deux sessions de ping-pong avec ChatGPT, je prends réellement plaisir à suivre tes réflexions.

    Ça rejoint d’ailleurs les chantiers autour de l’EEAT/branding : je ne lis les contenus que parce que j’ai personnellement identifié leur auteur comme étant une source fiable.

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